La terrible histoire à la fin heureuse de Kenza du Py
- Pierre Olivier Sanchez

- 15 févr.
- 9 min de lecture
Dernière mise à jour : 23 févr.

Le débourrage et la première vente de Kenza.
C’est chez son éleveur que je connus Kenza, il faisait régulièrement appel à moi pour débourrer les chevaux, parmi les chevaux devenus de grands champions dans l’élevage il y eut « Orient du Py » classé meilleur étalon anglo-arabe de France, il fit d’ailleurs la couverture de l’Eperon, le magazine équestre le plus sérieux vendue en papeterie et « Quenelle du Py » devenue, par la suite, jument de niveau international sous la selle d’Olivier Robert. J’en parle car j’étais alors l’homme de l’ombre qui débourrait ces bêtes majestueuses.
Le débourrage de Kenza se fit tout en douceur lorsqu’elle avait quatre ans, peu après le sevrage d’« Orient du Py ». Il était devenu à la mode depuis le début des années deux mille de faire saillir les juments à trois ans et de ne commencer la compétition avec qu’à l’âge de cinq ans. Kenza fût facile à débourrer, elle était une jument de taille moyenne, un peu rondouillarde et manquait significativement d’équilibre au galop, elle galopait sur les épaules et montait la croupe à chaque foulées, l’inverse eut été mieux mais c’est comme ça avec les jeunes chevaux , c’est à nous les cavaliers de faire avec la morphologie du cheval selon son âge. En bref son débourrage ne posa aucun problème particulier, c’était une jument au cœur d’or.
Il se trouve qu’à la même époque j’étais moniteur dans un petit centre équestre rural proche de Castelnaudary. A cette époque j’étais encore jeune, un peu dispersé et j’avais donc l’énergie nécessaire pour mener plusieurs activités de front. En l’espèce l’enseignement, les débourrages, le travail de chevaux pour autrui et la compétition le week-end. Au même moment LD. , une jeune fille qui venait de passer son galop 7 me demanda de lui trouver un cheval à acheter pour débuter la compétition. LD. était une petite jeune fille assez légère et j’avais pour idée de lui faire acheter une autre jument de l’élevage « du Py » qui à mon humble avis était plus prête et mieux adaptée que Kenza, le nom de cette jument était « Cannelle du Py », « Cannelle » était une petite jument alezane avec un bon potentiel et un style de saut des plus parfait. Je fis donc la proposition à LD de venir essayer des chevaux dans des élevages locaux que je connaissais. J’étais persuadé Qu’elle craquerait sur « Cannelle » qui me semblait bien adaptée à son style de monte.
Et nous voila donc parti pour essayer des chevaux, nous en essayâmes plusieurs dont « Cannelle » et « Kenza » encore mal dégrossi à ce moment là, nous étions de mémoire en 2002. Bien entendu LD tomba immédiatement amoureuse de « Kenza », ceci pour mon plus grand étonnement. J’eus beau lui expliquer le pourquoi du comment « Cannelle » était mieux adaptée , LD n’en démordais pas c’était Kenza un point c’est tout. Le papa de LD suivit évidemment l’avis de sa fille et lui acheta « Kenza », pour une somme fort conséquente par ailleurs. J’étais un peu étonné mais c’était comme ça et je n’y pouvais rien. LD était fort secouée sur cette jument mais elle était heureuse et c’est bien ça l’essentiel finalement.
Comment je devins propriétaire de Kenza.
Cela devait être deux ou trois ans plus tard l’achat de « Kenza » que LD vint me voir. J’avais alors quitté le centre équestre et avait monté une petite écurie de propriétaire chez moi dans la ferme familiale d’une vingtaine d’ hectares de prairies naturelles. Nous étions une petite bande d’illuminés à monter nos chevaux à cet endroit sans carrière ni structures de travail proprement dite mise à part une petite écurie où je rentrais les chevaux tous les jours et une stabulation libre de laquelle les chevaux pouvaient rentrer et sortir à leur guise sur 5 ha de prairies et un petit bois dans lequel ils pouvaient se mettre à l’ombre s’ils en avaient envie. C’était le paradis du cheval.
LD me demanda si je pouvais lui garder sa jument, car elle commençait des études supérieures et n’avait donc plus les moyens ni le temps se s’occuper de sa jument. Il se trouvait à ce moment là que j’avais passé un contrat, oral, similaire avec avec une ex- copine qui me laissait une jument « Cécilia du foulon », que je lui gardais gratuitement en échange d’une utilisation limitée. Cette fille envoya un jour quelqu’un pour récupérer la jument immédiatement et sans même me prévenir, me mettant alors dans une situation délicate, néanmoins je laissais partir la jument n’ayant guère le choix.
Donc quand LD vint me voir avec une proposition similaire, je refusais habilement et lui proposa de racheter la jument avec la possibilité de me la racheter le même prix quand elle le pourrait. Il se trouve qu’à ce moment de mon existence je travaillais les chevaux d’un très riche agriculteur à la retraite qui vivait de ses rentes et elles étaient importantes. Il me sous payait pour monter deux de ses chevaux et m’avait dit qu’il me paierait un cheval à hauteur de 2500 euros le jour où j’en trouverais un convenable. C’est ainsi que je pus racheter « Kenza ». Etant un homme de paroles je comptais bien tenir ma promesse à LD.
Mais dans la vie qui peut dire ce qui va vous arriver. Et il se trouva, en 2006, que nous fûmes obligés de vendre la propriété familiale car mon père avait de gros soucis financiers. La chose se fit assez rapidement pour une belle somme à l’époque, dont je ne touchait bien sûr aucune part. Nous rachetâmes une autre ferme avec une vingtaines d’hectares pour une somme moindre à 50 km de là.
Je pus donc garder les chevaux qui m’appartenait dont la fameuse « Kenza » mais je n’avais plus de clients. Je tombais alors dans une grave dépression transformant les fêtes que nous faisions en alcoolisme chronique de plus en plus sévère. En 2007 j’appris que me deux parents avaient un cancer, tout allait de mal en pis, nous dûmes mettre la seconde ferme en vente ceci en 2008 pendant la crise mondiale des subprimes. Le temps de la vente ou nous perdîmes tant et plus d’argent, je partis travailler en Sologne comme gardien de château et fis venir « Kenza » afin de tenir ma promesse faite à LD, je vendis tous les autres chevaux à perte dont mon très beau cheval de tête « Hendy » avec lequel je tournais en pro 2 de CSO et en concours complet, je le cédais pour ainsi dire contre bon soin à des amis pour la somme de 1500 euros, un cadeau.
Une fois salarié en Sologne, c'était l’année de la tempête Xynthia, l’alcoolisme et la dépression prirent le dessus sur moi et pour ne rien arranger on me diagnostiquait une polyarthrite rhumatoïde à moins de quarante ans. Deux ans plus tard mon patron qui n’était pas un mauvais homme me proposa une rupture conventionnelle que j’acceptais immédiatement tant on ne pouvait plus se supporter. Mais j’avais toujours Kenza, ma promesse tenait toujours.
Je revins donc dans la région Revéloise, chez mes parents, qui louait un petit pavillon, mettant en pension « Kenza » dans un centre équestre local contre des travaux. Ma situation émotionnelle était des plus fluctuantes et mon alcoolisme de plus en plus sévère. Mais quoi qu’il en soit je tenais ma promesse à LD. C’est à ce moment que je me mis par le plus grand des hasard en couple avec une riche bourgeoise Revéloise, doctoresse de son état et propriétaire terrienne. Je pus mettre alors « Kenza » chez elle. J’eus à ce moment un peu de répit. Mais bien vite l’alcoolisme repris le dessus sur moi, la mort de mes parents en milieu 2013 n’arrangea rien à l’affaire. C’est alors que le riche agriculteur me réclamât le remboursement de la jument qu’il m’avait soit disant payée. Je ne savais plus quoi faire, j’étais pris à la gorge. Je travaillais bien comme moniteur indépendant, à ce moment de mon existence, mais tout l’argent que je gagnais, car j’étais bon enseignant et avait quelques clients, passait dans les bars et les bouteilles. J’étais complètement coincé.
D’un autre coté le naisseur de « Kenza du Py » insistait pour me racheter la jument, celle ci était devenu la mère du meilleur anglo-arabe de France. J’ai alors fini par appeler LD lui expliquant ma situation inextricable et lui demandait de s’aligner sur la proposition de l’éleveur, soit 5000 euros, si elle m’en avait proposé 2500, j’aurais accepté. Nous étions en 2012. Bien évidemment LD ne pouvais pas. Je me fis alors insulter et même menacer par son père, à ce stade de ma vie plus rien ne me touchait sans compter ma compagne qui m’avait promis de racheter la jument pour une de ces filles qui n’a pas tenu parole. Je lui en veux encore à cette heure. Cette parole non tenue me dégoûtait car je ne pensais qu’au bien de cette pauvre bête. J’ai donc dû finir par céder à la pression de l’éleveur, qui me promit de la garder jusqu'à la fin. De ce jour je n’ai eu aucune nouvelle de La jument ni de LD qui devait m’en vouloir de ne pas avoir tenu ma promesse.
Cela fait maintenant 12 ans que je suis devenu abstinent et c’est le premier février 2026 que j’eus des bonnes nouvelles de Kenza qui coule des jours de retraite heureuse chez madame RD. Madame RD m’avait connu pendant ma période Revéloise. C’était une amoureuse des chevaux au point d’être devenue éleveuse de son état. Elle me raconta qu’après avoir fait un poulain pour l’élevage du Py, Kenza fût revendu à la famille M. Cette même famille M après avoir exploitée la jument comme poulinière déstocka une partie des juments.
Le hasard ou tout simplement le volonté de Madame RD fit en sorte qu’elle la racheta. Il est d’ailleurs temps de lui passer la main pour la fin de l’histoire :
Après son retour chez son naisseur (qui avait dans un 1er temps tenté de réitérer le même croisement que pour Orient), Kenza a donné naissance à son second poulain, Essaouira (que j’ai d’ailleurs eu le plaisir de voir tourner sur de belles épreuves de CSO dans ma région, toujours ce même coup de pattes 🤩🚀). Elle partit ensuite en Ardèche où elle eut une pouliche en 2017. Et c’est au détour d’une annonce que je vis passer Kenza à placer contre bons soins suite à une réduction d’effectif de cet éleveur ardéchois. C’était en 2018, Kenza avait alors 20 ans. Passionnée d’anglos depuis ma 1ère jument mais n’ayant pas les moyens d’accéder à une génétique de qualité et jeune, j’avais pris le parti de réorienter les bonnes poulinières AA dans leur stud-book en fin de carrière. Je misais sur les bons soins et la sérénité d’une petite exploitation.
pour qu’elles puissent nous donner un ou deux derniers poulains, anglo évidemment. Et je me rappelais de la qualité de cette jument que j’avais déjà vue tourner dans le sud-ouest il y a longtemps...

Il aura suffit d’un coup de fil, une mutualisation de transport et la voici à la maison !
Arrivée en 2018, elle fut tour à tour maman (son dernier poulain fut pour nous ❤ et quel chouette cheval !)

Nounou de sevrages, copine de pré, etc. Discrète, gentille, facile pour tout, bref, Kenza c’est la jument en or. De celle qui donne confiance aux poulinous timides, qui réussit à apaiser les nouveaux pensionnaires parfois un peu « azimutés », qui n’hésitera pas à remettre à sa place les jeunes effrontés (mais toujours avec justesse !). Et qui était toujours d’une grande aide quand elle nous sentait en galère avec un jeune (ou moins jeune peu importe ^^). Bref, elle aurait pu être de celles susceptibles de s’excuser d’exister.... mais chez nous elle a su trouver toute la place qu’elle méritait. Cela fait désormais 8 ans qu’elle est à la maison, elle vit au pré avec une copine pensionnaire également retraitée. Couvertes l’hiver
(son surnom ? le Grizzly !), du foin à volonté, nourries matin et soir, petite cure d’harpagophytum en période humide,... bref, elle est soignée à l’image de la promesse faite à toutes nos anciennes mamans ici : celle de les accompagner au mieux jusqu’au bout à la hauteur de tout ce qu’elles nous ont donné. A 28 ans donc, même si l’arthrose est évidemment là, elle est toujours en très bel état (le dentiste était même étonné
de voir qu’à son âge toutes ses dents étaient encore là!), et on peut même parfois la surprendre piquer un petit galop à l’occasion et trotter en ronflant la queue en l’air comme pour nous rappeler que, peu importe le temps qui passe, elle s’est toujours très bien déplacée et qu’elle ne manque pas de sang quand il le faut.
;) nous lui souhaitons encore de beaux printemps à nos côtés 🙏 Nul doute qu’elle laissera un grand vide quand elle partira...
A ce jour Kenza à 28 ans et passe son temps à brouter de verts pâturages en compagnie d’une autre mamie. Elle aura la chance d’avoir une fin heureuse grâce à Madame RD que je remercie chaleureusement de m’avoir donné des nouvelles et des bonnes.









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