Anaïs du Lauragais
- Pierre Olivier Sanchez

- 28 janv.
- 6 min de lecture
Dernière mise à jour : 19 févr.
La drôle d’histoire ou le trésor vint à moi.

Nous étions entre mon galop 6 et avant mon monitorat, 1994 ou 1995. Mes parents venaient de m’aider à acheter mon premier vrai cheval de sport, « Duchesse de Cantat ». Je reviendrai sur l’histoire déchirante de Duchesse, qui dans mon histoire sportive fut mon premier véritable amour, car nous les « gens de chevaux » sommes littéralement amoureux de nos bêtes. Mais revenons en à nôtre sujet « Anaïs du Lauragais » que nous allons appeler maintenant Anaïs tout simplement.
Un jour le téléphone sonna, c’était pour moi. Il faut expliquer aux plus jeunes d’entre vous : le téléphone portable n’existait pas alors, il n’existait que le téléphone traditionnel avec une ligne par foyer. Le téléphone portable ne vint qu’un peu plus tard. Le jeune homme mal dégrossi, ambitieux et peut être même un peu prétentieux, que j’étais à l’époque pris donc la communication. Au bout du fil sonna une voix rocailleuse, roulant les r, comme il en existait beaucoup dans nos campagne. L’homme était un agriculteur habitant le village de Souille dans l’Est Audois. Donc à une quinzaine de kilomètres de chez moi. Il voulait me parler d’une jument pour faire un peu de concours, ils avaient bien essayé avec un jeune du village mais la jument passait toujours à côté des obstacles. Il voulait donc la faire monter par un cavalier mieux formé. Je n’ose pas dire plus expérimenté quand je pense à ce que j’étais à l’époque. Je me demandais quoi faire ? Refuser me semblait être la meilleure option, mais il se trouve, pour ma plus grande chance que j’étais trop timide pour ça. J’acceptais donc de le rencontrer et nous voilà jour et heure de rendez-vous pris.
Je ne sais pourquoi mais je me sentais piégé par ma timidité d’une part et excité par un premier rendez vous « professionnel » d’autre part. J’ai déjà dit dans un des premiers articles de ce blog que je ferais ma profession dans le monde du cheval. N’hésitez pas à fouiller le blog pour retrouver l’article. Je commençais à imaginer un stratagème pour refuser, si le travail ne me convenait pas. Celui ci était des plus simples, je lui demanderais alors de me payer une somme me semblant importante à ce moment de ma vie, 500 francs par mois. Les paysans étaient radins et j’étais donc persuadé qu’il refuserait. Cela m’aurait sauvé la face et évité de dire non, ce qui m’était impossible, de par ma gêne face aux gens.
Le jour venu je me rendis au rendez-vous. Je vis alors un homme, un paysan céréalier typique de la région. Je fus certains que le stratagème imaginé en amont fonctionnerait. Il m’amena donc voir la bête. La première chose que je vis c’était une jument, massive, tirant plus du cheval de labour que du cheval de selle. Pendant qu’il m’expliquait ce qu’il en était, je l’entendais de moins en moins et avait de plus en plus peur de devoir essayer cette chose énorme.. Nous la pesâmes dans son histoire, 624 Kg apparurent sur le balance et nous n’étions pas peu fiers.
Dans un premier temps j’ai décidé, par prudence, de longer le monstre de foire que j’avais en face de moi. Non pas qu’elle fût méchante mais elle avait une tête lourde à la face busquée, épaisse comme je n’en avais jamais vu. Et nous voilà partis cheval sellé, mousqueton de la longe accroché au mors, chambrière en main vers un morceau de prairie servant de lieu de travail. La petite prairie était clôturée d'un coté par des piquets amovibles en fer d’environ quatre-vingt cm de haut, une clôture à vache en somme et bordée d'une haie pour le reste.
Je commençais doucement à longer cette jument. Au tout début cela se passa normalement mais cela ne dura pas bien longtemps. En effet la jument pris un galop puissant et il était hors de question que la lâche. Entraîné par la force de l’animal je me mis donc à courir tiré par la longe, je n'avais guère le choix, elle menait la dance. Puis ma foulée ne suffit plus je bloquais donc ma paire de jambes et commença une glissade, sorte de ski sur herbe entraîné par un cheval qui ne comprenais pas plus que moi ce qui se passait. Et comme je l’ai dit plus haut c’était une petite prairie dont le bout arrivait beaucoup trop vite à mon goût. Entraîné par la longe me voila déporté dans le tournant, à la manière d'un skieur nautique, projeté vers la clôture. Eh bien croyez le ou non je ne lâcha pas l’affaire. J’étais encore souple et agile vers ma vingtaine. Je me suis alors baissé, toujours en glissade et passa sous la clôture espérant seulement qu’elle tourne au bout du pré. Celui-ci était bordé d'une haie, dont je ne sais plus de quelle végétation elle était composée, mais je la trouva fort irritante quand j’y fus projeté et bien frotté contre. Cela continua ainsi jusqu’à l’entrée du pré, dont nous avions fait le tour. La la jument s’arrêta enfin, me sauvant la vie par la même occasion. Je me mis donc tout doucement, à pas de loup, à remonter la longe jusqu’à arriver à la tête du moteur hors bord des campagnes. Je voyais son œil qui m’observait, plus étonné qu’autre chose, mais d'un regard froid des plus glaçant. Jean-Pierre GRILLERES, qui devint par la suite un grand ami, était paniqué par la situation. Avec l’aplomb que l’on peut avoir à vingt ans je le rassurai en lui disant que tout allait bien. Il m'avoua alors que la jument n’avait jamais été longée. Je compris mieux la situation. Il devenait temps de la monter. A partir de là, cela s’est mieux passé. Un obstacle était monté dans le pré. Et après avoir fait quelque tours au trois allure je décidais de sauter l’obstacle. Effectivement elle essaya de passer à coté mais je tins bon et réussit à le sauter plusieurs fois, ce n’était pas un gros obstacle.
Une fois l’essai terminé nous ramenâmes Anaïs à l’écurie, on la dessella tranquillement, les grosses émotions était passées. J’étais bien décidé à ne pas m’en occuper. Une fois la jument au boxe nous nous rendîmes chez Jean Pierre pour négocier. Je mis alors ma tactique à exécution et lui demandais cinq cent francs par mois pour la monter, prétextant les frais et le temps que cela prendrai pour la monter trois fois par semaine. Il eut l’air surpris qu’on lui demande de l’argent pour monter à cheval. Il me demanda quelques jours de réflexion et promis de me rappeler. Je savais qu’il refuserait par radinerie, je rentrais alors chez moi fier d’avoir à peu près sauvé mon honneur, mais un peu honteux de ma performance.
Quelques jours plus tard le téléphone familial sonna de nouveau. Je crois que ce fût ma mère qui répondit, elle m’appela me disant qu’un certain Monsieur Grillères voulait me parler. Je pris le téléphone et devint d’un coup livide quand il me dit qu’il acceptait ma proposition. J'étais pris au piège.
Il a bien fallu que je me mette au travail, trois fois par semaine aller monter le taureau. Au bout de quelques temps cela commença à aller mieux. On se comprenais de mieux en mieux avec Anaïs. Puis vint le jour, tant redouté. Jean-Pierre décida qu’on irait faire la fête équestre de Cazilhac dans l’Aude.

Je n’en menais pas large alors. Et finalement cela s’est beaucoup mieux passé que ce qu’on pouvait espérer puisqu' Anaïs à gagné toute ses épreuves. Et de ce jour je ne fis que progresser avec cette jument. Je suis passé aux concours officiels organisés par la Fédération Française d’Equitation. J’ai passé l’option CSO du monitorat et je suis monté petit à petit jusqu’à la pro 2. C'était déjà de belles épreuves à 130 cm de haut.

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A quasiment tous les concours je revenais avec plaques et flots.
J’ai vécu des moments merveilleux avec Anaïs du Lauragais et Jean-Pierre GRILLERES. Bien vite au bout d’un an, peut-être moins, je n’ai plus voulu être payé. J’étais simplement heureux de notre groupe Anaïs, Jean-Pierre, Rose sa compagne et moi. Plus tard j’eus le petit frère d’Anaïs à monter Joris du Lauragais.

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